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On connaît la problématique de la mémoire (sa préservation et sa transmission) dans la Shoah, et plus encore, celle de l’héritage sensoriel à destination de ceux qui ne l’auraient pas vécue directement. Née en 1947 à Salzbourg, d’un père seul survivant du ghetto de Varsovie et d’une mère seule «rescapée» d’une famille décimée à Saint-Pétersbourg, Ina Lichtenberg fait partie de ces enfants qui grandissent sur fond d’abandon et de solitude, dans le silence de tous ceux qui ne sont jamais revenus.

Il est impossible, dans ce contexte familial là, de ne pas lier l’élément autobiographique comme moteur essentiel à l’élaboration de l’œuvre.
D’où la nécessité de la construction d’un paysage intérieur, une sorte de monde dans lequel les objets apparaissent comme les feux follets du Moi.

Comme les langues, rencontrées sur le parcours familial, qu’elle collectionne et pratique en polyglotte hors pair, Ina Lichtenberg ramasse et récupère des objets qui semblent pouvoir construire l’imaginaire d’une mémoire au vécu sans images. Ces objets sont assemblés, collés, forés, peints, « mis en boîte » comme autant de métamorphoses de la matière. Et l’invisible offre dés lors des architectures protégées par une paroi de verre que le spectateur traverse du regard mais qui reflète également son image : l’œil voit au travers de la vitre un univers d’objets qui se trouvent associés à son image réfléchie. Ainsi, petit à petit, l’œuvre se révèle comme une catharsis. S’ouvrant aux images multiples, sans limites, elle s’épure chaque fois un peu plus, le présent délaissant le passé pour se projeter désormais dans l’avenir. 

                                                                                      Zidani Sandra